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Il y a, rue des Rosiers, une porte qu’on prend pour celle d’un immeuble. Derrière, une allée, des rangées de buis, quelques bancs et un étrange silence : le jardin des Rosiers-Joseph-Migneret tient sur une bande de terrain minuscule, coincée entre des murs d’immeubles. À dix mètres, les passants s’écrasent devant les vitrines. Ici, on entend les ciseaux du jardinier. Paris, ville bruyante, possède une réserve de lieux de ce genre, à condition de renoncer aux grandes pelouses et de chercher les cours.
Ce parcours rassemble des jardins de poche, des cours d’hôtels particuliers et un coin de jardin botanique, tous accessibles à pied et choisis pour une seule qualité : on peut s’y asseoir longtemps.
Le Marais : cours et jardins derrière les façades
Le Marais est le quartier de l’hôtel particulier, et donc de la cour d’honneur. L’hôtel de Sully ouvre sur la place des Vosges par un passage qui conduit à un petit jardin dont l’ombre sert de refuge quand la place, à côté, déborde de monde. La place des Vosges elle-même n’est pas secrète, mais ses arcades gardent des angles calmes, côté sud, en début de matinée.
Le jardin des Rosiers-Joseph-Migneret, déjà cité, est le plus étroit et le plus tranquille. Un peu plus loin, le jardin de l’hôtel de Lamoignon et celui des Archives nationales, selon les jours d’ouverture, rappellent que le quartier a longtemps été un quartier de résidences cachées. Certaines cours ne s’ouvrent qu’une partie de la semaine ; c’est une bonne raison de glisser dans le plan une marge et de ne pas tout caler.
Le Quartier latin : le Jardin des Plantes par ses recoins
Le Jardin des Plantes est vaste, fréquenté, souvent bruyant près de la ménagerie. Mais il suffit de prendre le côté du jardin alpin, en contrebas, pour retrouver du calme : des rocailles, des plantes de montagne, des allées qui se croisent sous les arbres. L’École de botanique, avec ses parterres classés par familles, invite à marcher lentement en lisant les étiquettes. Un banc, un carnet, et la matinée file.
Le jardin des Arènes de Lutèce et son voisin, le square voisin de la rue Monge, complètent le tableau pour une heure de plus : ce sont des endroits où des habitants du quartier jouent aux boules ou lisent, rarement des visiteurs.
Saint-Germain et Sèvres : jardins de musées et de couvents
Sur la rive gauche, quelques jardins prolongent l’esprit des cloîtres. Celui du musée Rodin, derrière l’hôtel Biron, est connu, mais ses allées latérales restent peu fréquentées en semaine tôt. Le jardin Catherine-Labouré, rue de Babylone, est l’un des rares potagers urbains ouverts au public : des poules, un verger, des bancs entre les carrés de légumes. On y entend des cloches plus que des voitures.
Un peu plus loin, le jardin du musée de la Vie romantique, au pied de la colline de Pigalle, propose une cour fleurie et un salon de thé dans la verdure. C’est l’une de ces adresses qu’on découvre par hasard et qu’on garde pour soi.
Ce qu’on entend, ce qu’on lit
Le bruit de Paris ne disparaît jamais tout à fait : il se transforme. Dans les petits jardins, il devient un fond sourd, comme celui d’une mer lointaine, sur lequel se détachent des sons très nets : un gravier sous une semelle, une porte qui se referme, un moineau qui s’obstine. C’est un bon décor pour des textes courts. Les nouvelles de Colette, les chroniques de Sempé ou un recueil de poèmes de Prévert se prêtent bien à ces bancs sans accoudoir, où l’on lit dix pages avant de regarder autour de soi.
La règle qui a le mieux fonctionné : un jardin par demi-journée, jamais deux. On y reste jusqu’à ce que l’envie de bouger revienne d’elle-même, ce qui prend souvent plus d’une heure. Les trajets entre deux jardins, eux, se font à pied, en regardant les façades plutôt que son téléphone.
Comment y aller
Depuis Bordeaux, le train rapide met environ deux heures et quart pour rejoindre Paris-Montparnasse. Depuis Lyon, il faut compter environ deux heures, depuis Lille environ une heure. Sur place, les jardins se relient à pied ou par quelques stations de métro. Horaires et durées à vérifier avant le départ.
Un week-end sans se presser
Samedi
Matin : le Marais, avant que les rues ne se remplissent. On commence par l’hôtel de Sully et la place des Vosges, puis le jardin des Rosiers. Déjeuner léger sur un banc ou dans une brasserie calme. L’après-midi, direction le Quartier latin et le Jardin des Plantes : on s’installe dans le jardin alpin, on marche jusqu’à l’École de botanique en fin de journée, quand la lumière tombe doucement sur les parterres.
Dimanche
Le dimanche, la rive gauche est étrangement apaisée. Départ vers le jardin Catherine-Labouré, un tour au musée Rodin si l’on a de la patience pour la file, puis un café calme sur la rue de Sèvres. Début d’après-midi : un dernier jardin, au choix, et retour par la gare sans courir. Les grands parcs, les dimanches de beau temps, appartiennent à la foule ; mieux vaut choisir les cours.
Où dormir
Pour une nuit, deux options se défendent : un petit hôtel dans le Marais ou sur la montagne Sainte-Geneviève, côté Quartier latin. Le premier place les jardins du samedi matin à quelques minutes, le second ouvre sur le Jardin des Plantes. Éviter les rues très animées du samedi soir, et demander une chambre côté cour si possible. Les quartiers autour de la gare Montparnasse conviennent aussi pour un départ matinal.
Le retour
La gare est facile à rejoindre à pied depuis la rive gauche, avec un dernier arrêt possible au jardin Catherine-Labouré ou au Luxembourg côté ouest, moins fréquenté. Réserver une place assise, garder une demi-heure de marge et, dans le train, relire les notes prises pendant la journée.
À savoir avant de partir
- Plusieurs jardins ferment certains jours ou à la tombée de la nuit : consulter les horaires avant de s’y rendre.
- Les cours d’hôtels particuliers sont parfois des espaces à accès limité ; respecter les consignes affichées.
- Éviter les week-ends de grand beau temps pour les grands jardins : préférer les petits jardins en semaine.
- Prévoir un pull léger : les cours à l’ombre restent fraîches même en été.
- Prendre un livre plus petit qu’un grand format : on le tient d’une main sur un banc étroit.
- Horaires et durées à vérifier avant le départ, en particulier pour les trains.



