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À Colmar, le silence a une odeur : celle de la pierre froide et du bois ciré. On la sent en entrant dans l’ancien couvent des Dominicains, un matin de semaine, quand les rues voisines commencent seulement à se remplir. Les façades à colombages, les canaux fleuris et les cartes postales sont à dix minutes de là, mais sous les voûtes, il n’y a plus que le bruit léger d’une porte et le pas d’un gardien.
Colmar a la réputation d’une ville pour photographes pressés. C’est vrai pour une rue ou deux. Pourtant, quelques lieux de recueillement y résistent à la foule : un cloître, une église-musée, une collégiale. C’est ce parcours-là que je propose, pour qui cherche à s’asseoir sans être bousculé.
Le musée Unterlinden et son cloître
Installé dans un ancien couvent de dominicaines, le musée Unterlinden a conservé son cloître, avec une cour intérieure et des galeries couvertes. On y entre pour le retable d’Issenheim, œuvre majeure de Grünewald, mais la visite vaut aussi pour les pauses : un banc dans la galerie, la lumière filtrée par les arcades, le gravier du préau. En semaine, tôt, les salles du retable restent respirables. Je conseille de s’y rendre à l’ouverture et de rester un moment devant le panneau, sans chercher à tout voir.
Le cloître garde, malgré les travaux d’agrandissement du musée, une ambiance de lieu conventuel. On peut y lire, ou simplement attendre que la cloche d’une église voisine sonne l’heure.
L’église des Dominicains et la Vierge au buisson de roses
Dans l’église des Dominicains, un seul tableau retient les visiteurs : la Vierge au buisson de roses de Martin Schongauer. L’édifice, très haut et très clair, avale les bruits. On s’assoit, on regarde les vitraux, on laisse venir les pensées. Un recueil de poèmes de Hans Arp, né à Strasbourg, tient bien dans ce décor : ses mots courts s’accordent avec la pierre. Ici, on parle bas par réflexe.
Une nef vide n’est pas silencieuse, elle écoute.
La collégiale Saint-Martin et les ruelles voisines
La collégiale Saint-Martin, au cœur de la vieille ville, domine un quartier de ruelles étroites. Elle est plus fréquentée que les Dominicains, mais ses côtés restent paisibles, et le matin, quelques bancs sous les arbres de la place donnent envie de s’attarder. Autour, des cours ouvertes et des passages couverts permettent de quitter les rues principales. En marchant dix minutes vers l’est de la vieille ville, on retrouve des rues d’habitants, avec des volets fermés et des chats sur les rebords.
Comment y aller depuis Bordeaux
Colmar est loin : le trajet occupe une journée, environ 8 h en train avec plusieurs correspondances, par exemple via Paris puis Strasbourg. La voiture est possible mais fatigante. Je recommande de partir le vendredi matin pour arriver en fin d’après-midi, et de prévoir une marge pour les retards. Dans le train, on écrit beaucoup, ce qui n’est pas un mal.
Deux jours, du cloître à la collégiale
Samedi
Matin au musée Unterlinden dès l’ouverture, avec une longue pause dans le cloître. Déjeuner léger dans une rue en retrait de la Petite Venise, puis visite de l’église des Dominicains en début d’après-midi, avant que la lumière ne baisse. L’heure suivante, marche sans but autour de la collégiale, avec arrêts sur les bancs. Au crépuscule, les rues se vident un peu : c’est le bon moment pour traverser la vieille ville.
Dimanche
Matin lent. Café dans un lieu calme du centre, puis retour à Saint-Martin pour une dernière visite à la lumière du matin, quand les cloches sonnent. Si la météo le permet, une promenade sur les bords de la Lauch, côté sud, offre une alternative discrète à la foule des canaux de la Petite Venise. Le début d’après-midi est consacré à la route de retour : mieux vaut anticiper, le trajet est long.
Où dormir
La vieille ville est le choix évident, mais ses rues piétonnes peuvent rester animées en fin de semaine. Une chambre d’hôtes dans un bâtiment à cour intérieure ou un petit hôtel de la gare, un peu plus sobre, sont deux bonnes options. Le quartier de la gare, plus résidentiel, offre des nuits tranquilles et des trajets courts à pied vers le centre. Demandez toujours une chambre côté cour ou sur rue latérale.
Le retour
Le trajet du retour, long lui aussi, se fait avec le carnet à portée de main. Je garde pour le train une lecture qui n’a rien à voir avec l’Alsace, afin de couper le fil. Comptez à nouveau une journée complète, et pensez à un en-cas : les correspondances laissent parfois peu de temps.
À savoir avant de partir
- Colmar est très fréquentée en période de Noël : si l’objectif est le silence, évitez cette période.
- Les musées et églises ont des horaires qui changent selon la saison, avec parfois une fermeture le mardi ou en début de semaine. Horaires et durées à vérifier avant le départ.
- Prévoyez des chaussures confortables : les pavés de la vieille ville sont irréguliers.
- Dans les églises, silence, pas de flash, et on respecte les cérémonies en cours.
- Le matin est de loin le meilleur moment, avant la fin de matinée.
- Le retable d’Issenheim est l’œuvre la plus visitée du musée : arrivez à l’ouverture pour le voir sans file.
- Un petit carnet vaut mieux qu’un guide encombrant.
Colmar ne dévoile pas son silence au premier coup d’œil. Il faut franchir un porche, ouvrir une porte lourde, accepter de marcher un peu plus longtemps que prévu. Le reste suit tout seul.



