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Bruxelles a une réputation de ville de frites et de gaufres, vendues debout dans le vent. L’autre Bruxelles, celle que je cherche, tient dans un rayon de dix minutes à pied autour de l’église Notre-Dame du Sablon : des salons où l’on boit du thé noir dans des tasses épaisses, entre deux étagères de livres anciens, avec des pâtisseries qui ne cherchent pas à faire la photo.
Ce week-end suit un fil simple : un quartier le samedi, un autre le dimanche, et entre les deux, le temps de ne rien faire sur une banquette.
Comment y aller
Depuis Paris, le Thalys, devenu Eurostar, relie la gare du Midi en environ une heure et demie. Depuis Lille, le trajet est d’environ trente-cinq minutes, ce qui permet un départ le samedi matin sans se lever à l’aube. Depuis Amsterdam, il faut compter environ trois heures. De la gare du Midi, le métro ou un tram mène en quelques minutes vers le centre. Je préfère descendre à la gare Centrale, plus proche du quartier du Sablon, et finir à pied.
Samedi : le Sablon, entre antiquaires et vitrines
Le samedi, la place du Grand Sablon accueille un marché d’antiquités, ce qui rend le quartier animé en milieu de journée. Je viens donc tôt, le temps de marcher entre les étals encore couverts de bâches, puis je m’abrite dans un salon de thé de la rue de la Régence ou d’une rue voisine. Les chocolatiers prestigieux de la place sont connus, et plusieurs ont un petit salon à l’étage, souvent plus calme que le rez-de-chaussée.
Ce que j’apprécie ici, c’est le soin de la salle. Les chaises sont lourdes, les nappes blanches, les cuillères en argent un peu usées. Les clients parlent bas, comme dans une bibliothèque, et les serveurs vous laissent demander l’addition quand vous en avez envie.
Ce que je commande, et pourquoi
- Un thé noir en théière, qui permet de rester longtemps avec une seule commande.
- Une pâtisserie à partager ou à garder pour la fin, plutôt qu’un déjeuner complet.
- Un verre d’eau, pour ne pas avoir à relever la tête de mon livre.
L’après-midi, la montée vers le palais de justice, puis la descente dans les Marolles, change complètement d’ambiance. Les Marolles sont un quartier populaire, avec ses brocantes, ses cafés d’habitués et ses petites boutiques. On y trouve moins de salons de thé au sens classique, mais quelques adresses de pâtissiers où l’on peut s’asseoir avec une tasse. C’est plus simple, moins feutré, et c’est tout aussi bien.
Dimanche : parcs et cours intérieures
Le dimanche, je commence par le parc d’Egmont, à deux pas du Sablon, jardin minuscule où l’on entend des oiseaux et rien d’autre. Je m’y assois avec un livre jusqu’à ce que le froid ou la faim me ramène en ville. Puis je marche vers le quartier des Sablons, vers Ixelles, où quelques salons de thé occupent d’anciennes maisons de maître, avec des salles hautes de plafond et des fenêtres qui donnent sur des jardins.
Ixelles a ses étangs, ses rues arborées et ses cafés étudiants, mais, à l’écart de l’avenue Louise, il y a aussi des salons de thé discrets, souvent tenus par des passionnés. J’y ai passé un après-midi entier en écoutant la pluie, avec un thé fumé et une part de tarte.
Note de carnet : on entre sans bruit, on commande à voix basse, on s’excuse presque en se levant. Dehors, il bruine.
Où dormir
Un petit hôtel entre le Sablon et le Mont des Arts reste ce qui m’arrange le mieux : le centre est proche, et les rues ne sont pas trop bruyantes la nuit. Le quartier d’Ixelles, côté étangs, est aussi une bonne base, plus résidentielle. Je préfère éviter les abords immédiats de la Grand-Place le samedi soir, où le bruit monte jusqu’à tard. Une chambre sur cour reste la valeur sûre.
Le retour
Pour le retour, la gare du Midi est pratique mais impersonnelle. J’arrive une heure avant le train pour un dernier thé dans un salon proche de la gare Centrale, puis je rejoins le quai en métro. Les trains du dimanche soir vers Paris sont chargés, et une place en voiture calme vaut un supplément. Le trajet permet de feuilleter ses notes et de laisser le quartier décanter.
À savoir avant de partir
- Les salons de thé de Bruxelles ferment souvent le lundi, parfois le dimanche : vérifiez les jours d’ouverture avant de vous y rendre.
- Le marché du Sablon a lieu le week-end : c’est agréable, mais le quartier est plus fréquenté en milieu de journée.
- La météo bruxelloise change vite : une veste imperméable légère fait gagner des heures.
- Le français est la langue courante dans la plupart des salons du centre, mais un mot de néerlandais est toujours bien reçu.
- Paiement : la plupart des adresses acceptent la carte, mais gardez un peu d’espèces pour les petits salons.
- Horaires et durées de trajet sont à vérifier avant le départ, notamment les liaisons ferroviaires en week-end.
Au bout de deux jours, on garde de Bruxelles une couleur de lumière, un peu grise, un peu dorée, sur une nappe blanche et une tasse épaisse. C’est une ville qui sait s’effacer derrière une porte, et qui laisse ceux qui entrent respirer.



