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Le premier banc que j’ai repéré à Lyon se trouve sur les berges du Rhône, côté rive gauche, un peu avant que le flot des vélos ne s’épaississe. Le fleuve passe large et lent, les péniches amarrées font un bruit de coque contre le quai, et pendant une heure le seul événement a été un homme qui lançait des miettes à des pigeons sans grande conviction. C’est ce genre de ville que je cherche quand je voyage avec un livre : une grande ville qui laisse pourtant des endroits où l’on peut s’arrêter sans rien consommer.
Lyon offre deux fleuves, donc deux caractères. Le Rhône est aménagé, ample, presque sportif. La Saône est plus intime, bordée de façades ocre et de quais où l’on marche à hauteur d’eau. Entre les deux, des collines qui servent de belvédères. Ce guide suit les endroits où j’ai pu m’attarder longtemps, avec un carnet, sans qu’on me presse.
Comment y aller
Depuis Paris, le TGV mène à Lyon en environ deux heures, vers la gare de la Part-Dieu ou celle de Perrache. Depuis Bordeaux, il faut compter un trajet plus long, avec un changement possible, de l’ordre de cinq à six heures environ. Depuis Marseille ou Genève, on y arrive en un peu moins de deux à trois heures environ. Perrache est la gare la plus pratique pour rejoindre directement le quai de la Saône et la presqu’île. Horaires et durées à vérifier avant le départ.
Samedi : le Rhône, puis la Saône
Je commence par les berges du Rhône, en matinée, quand les joggeurs ont déjà fini leur tour. Les larges gradins de pierre qui descendent vers l’eau servent de sièges naturels. On s’y assoit face au fleuve, dos à la ville, et on entend surtout l’eau, les mouettes, parfois une conversation qui s’éloigne. Ces gradins sont orientés de façon à capter la lumière du matin, ce qui n’est pas négligeable en mars comme en octobre.
Vers midi, je traverse la presqu’île à pied jusqu’à la Saône. Les quais, de ce côté, ont une autre allure : plus étroits, plus ombragés, avec des bancs placés face aux façades colorées du Vieux-Lyon. On voit la colline de Fourvière se dresser de l’autre côté, la basilique en haut, et l’on comprend pourquoi la ville a si longtemps tourné le dos au Rhône pour regarder cette rive. Une passerelle piétonne permet de passer de l’autre côté sans le bruit des voitures. C’est un bon endroit pour déjeuner d’un sandwich acheté en chemin et lire un chapitre.
L’après-midi, j’ai marché le long de la Saône vers le nord, en direction de l’île Barbe. Le quai se fait plus rural par endroits, les péniches deviennent des habitations, et les promeneurs se raréfient. J’ai pris place sur un muret bas, au soleil, et j’ai écrit une demi-page sur la différence entre un fleuve qu’on regarde et un fleuve qu’on côtoie. À la fin de la journée, la lumière rasante sur l’eau donne aux quais une couleur de cuivre pâle.
Dimanche : les collines, puis les pentes
Le dimanche, je monte. La colline de Fourvière se gravit à pied par les montées du Vieux-Lyon, ou par le funiculaire, selon l’humeur. En haut, le parvis de la basilique offre un panorama sur les toits, les deux fleuves et, par temps clair, une ligne bleutée à l’horizon. Les bancs y sont nombreux mais l’endroit est fréquenté en journée ; j’y ai grimpé tôt, avant l’arrivée des groupes, et j’ai gardé pour moi l’extrémité de la terrasse, du côté des jardins.
Plus au calme, le jardin du Rosaire, qui descend en pente depuis la basilique, propose des bancs entre les rosiers et les buis. On y entend les cloches, les oiseaux, rarement plus. C’est le meilleur endroit que j’aie trouvé pour rester sans rien faire. En fin de matinée, je redescends vers la Croix-Rousse, de l’autre côté de la presqu’île, où le belvédère de la Grande Côte donne sur la ville à l’est. L’ambiance y est plus locale : des habitants qui promènent leur chien, un vieux monsieur qui lit son journal, une pause naturelle avant de reprendre le train.
Où dormir
Pour une nuit, deux types de lieux fonctionnent bien. Une petite maison d’hôtes ou un hôtel de taille modeste dans le Vieux-Lyon, au pied de la colline, permet de rejoindre à pied les quais de la Saône dès le matin. Sinon, un hébergement sur les pentes de la Croix-Rousse, dans un immeuble ancien, donne accès à des ruelles très calmes le soir et à des vues sur la ville. Je déconseille le quartier immédiatement autour de la Part-Dieu pour une visite de ce genre : il est pratique pour le train, mais il tourne le dos aux fleuves.
Le retour
Le dimanche en fin d’après-midi, le plus simple consiste à repasser par les berges du Rhône, pour un dernier quart d’heure au bord de l’eau, avant de rejoindre la gare à pied ou en métro. Si l’on prévoit un train du soir, mieux vaut laisser une marge, car certains trains de fin de week-end sont très remplis. Une dernière marche tranquille sur la rive gauche, un livre à la main, remplace avantageusement l’attente sur un quai de gare.
Ce que le quai apprend
Au bout de deux jours, une habitude s’installe : on ne cherche plus la prochaine étape, on cherche la prochaine surface plane, au soleil ou à l’ombre, face à l’eau. Les bancs lyonnais sont rarement isolés, mais ils sont tournés dans la bonne direction. J’ai noté sur mon carnet que les meilleurs moments tenaient à peu de choses : une péniche qui manœuvre, un enfant qui compte les marches, une cloche de Fourvière qui répond à une autre. Ce sont de petits événements, et ils suffisent à remplir une matinée.
À savoir avant de partir
- Les gradins des berges du Rhône sont plus agréables le matin ; en plein été, l’exposition au soleil rend les heures centrales pénibles.
- Prévoir de bonnes chaussures : les montées vers Fourvière et la Croix-Rousse sont raides par endroits.
- Les week-ends ensoleillés, les berges se remplissent de vélos et de trottinettes ; mieux vaut choisir le bord de l’eau plutôt que le chemin central pour s’asseoir.
- Le dimanche, certains commerces sont fermés ; apporter de quoi boire et manger sur un banc évite de dépendre des ouvertures.
- Un vêtement léger coupe-vent est utile : le vent peut se lever sur les quais, même par beau temps.
- Horaires et durées à vérifier avant le départ, en particulier pour les trains et le funiculaire.
Lyon n’a pas besoin de longues explications. Il suffit de choisir une rive, de s’y poser, de laisser passer une heure, et de constater que la ville n’a rien exigé en retour.



