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La porte de la rue des Rondeaux s’ouvre sur une pente de pavés irréguliers, et le bruit de Paris s’arrête presque net. Il reste le crissement des semelles sur le gravier, un corbeau qui commente quelque chose au-dessus d’un caveau, et le froissement d’une page quand on tourne la feuille d’un plan. Au Père-Lachaise, j’ai appris qu’on pouvait passer trois heures dans une capitale sans entendre un seul moteur, à condition de choisir la bonne allée et le bon jour.
Ce guide ne parle pas de grandes tombes à cocher. Il parle d’un type de lieu précis : le cimetière-promenade, où l’on marche lentement, où l’on s’assoit sur une marche de pierre, où personne ne vous demande de céder la place. Paris en offre trois qui se prêtent à ce jeu, chacun avec son tempérament.
Le Père-Lachaise, par ses allées secondaires
L’entrée principale, côté boulevard de Ménilmontant, attire les groupes. Je conseille l’inverse : entrer par la porte de la rue des Rondeaux ou celle de la rue de la Réunion, côté Belleville, et monter vers le centre en suivant les chemins pavés plutôt que les grandes avenues. Les divisions situées à l’ouest sont plus calmes, les arbres y sont hauts, et les allées dessinent des courbes qui coupent les lignes de vue. On ne voit jamais très loin devant soi, ce qui donne l’impression d’être dans un parc oublié.
Les noms célèbres (Colette, Proust, Oscar Wilde) existent bien, et on peut s’y arrêter, mais le plaisir se trouve ailleurs : dans les chapelles minuscules dont la porte de fer s’est ouverte sous l’effet de la rouille, dans les inscriptions à moitié mangées par le lichen, dans les bancs rares où l’on peut lire dix pages sans lever la tête. J’emporte toujours un livre court. Un recueil de poèmes de Baudelaire passe bien ici, sans théâtralité excessive, parce que les pierres se chargent déjà du ton.
Le silence d’un cimetière n’est pas vide. Il est fait de petits sons qu’on ne remarque pas ailleurs : une feuille qui glisse, un pas lointain, le vent dans une grille.
Montparnasse et Montmartre, pour changer de rythme
Le cimetière du Montparnasse est plus plat et plus géométrique. Ses allées se croisent à angle droit, ce qui le rend facile à parcourir sans plan. On y trouve Baudelaire, Beckett, Sartre et Beauvoir, mais là encore l’intérêt est ailleurs : un banc adossé à un mur, une lumière rasante en fin de matinée, les chats qui traversent. C’est le plus simple à caser entre deux rendez-vous.
Celui de Montmartre est niché sous un pont, en contrebas de la rue Caulaincourt. On y descend un peu comme dans une tranchée verte. Le trafic passe au-dessus de votre tête, mais le feuillage amortit tout. Stendhal et Dalida y reposent. Je l’ai gardé pour la fin de la deuxième journée, quand la marche avait déjà fait son effet.
Comment y aller depuis Bordeaux
Le plus simple reste le TGV de Bordeaux Saint-Jean vers Paris Montparnasse, pour une durée d’environ 2 h 30. La gare d’arrivée tombe bien : le cimetière du Montparnasse est à quelques minutes à pied, et le métro permet ensuite de rejoindre le Père-Lachaise en un peu moins d’une demi-heure, avec une correspondance. Prenez un train du vendredi soir ou du samedi matin tôt, et réservez à l’avance si vous voulez éviter les tarifs de dernière minute.
Deux jours, au rythme des allées
Samedi
Arrivée en matinée, dépôt des sacs à l’hébergement, puis cap sur le Père-Lachaise par la porte de Ménilmontant ou celle de la rue des Rondeaux. Compter trois bonnes heures sans se presser. Le samedi attire davantage de visiteurs, alors je commence par les divisions éloignées de l’entrée principale, et je laisse les célébrités pour la fin, quand la fatigue rend le bruit supportable. Déjeuner léger dans une rue calme de Ménilmontant ou de Belleville, puis une heure de marche dans le parc des Buttes-Chaumont, qui prolonge le thème des pentes boisées sans l’austérité. Soirée lente, quelques pages, un café.
Dimanche
Matin au Montparnasse, quand les grilles viennent d’ouvrir et que l’on croise surtout des habitants du quartier avec un sac de courses. Pause longue dans une brasserie discrète de la rue Delambre ou des environs, puis retour vers la gare. Si le temps le permet, un détour par Montmartre, l’après-midi, pour terminer sur un banc sous le pont avant de repartir. Le dimanche, l’ambiance est plus calme encore que le samedi, il faut simplement vérifier que les portes sont bien ouvertes.
Où dormir
Pour ce type d’escapade, le quartier de Ménilmontant et de Belleville convient très bien : il est vivant le soir mais les rues s’apaisent tôt, et le Père-Lachaise se trouve à une dizaine de minutes à pied. Une petite chambre d’hôtes ou un hôtel familial de quelques chambres fait l’affaire. Le quartier du Montparnasse offre l’autre option, plus sage, avec l’avantage de la proximité de la gare. Dans les deux cas, demandez une chambre côté cour : à Paris, c’est le meilleur gage de nuit calme.
Le retour
Le TGV du dimanche soir est souvent plein, il vaut mieux le réserver tôt. Je préfère un départ en fin d’après-midi, qui laisse une dernière marche sans stress. Dans le train, le carnet sort tout seul : on a des choses à noter sur la lumière, sur les inscriptions, sur ces noms qu’on ne connaissait pas une heure plus tôt.
À savoir avant de partir
- Les cimetières ont des horaires d’ouverture qui varient selon la saison, avec une fermeture en fin d’après-midi. Horaires et durées à vérifier avant le départ.
- Le plan gratuit, disponible à l’entrée ou en ligne, sert à repérer les divisions et à éviter les cercles.
- Des chaussures plates sont indispensables : les pavés sont inégaux et la pente du Père-Lachaise est réelle.
- Silence respectueux : pas de musique, pas d’appels téléphoniques, pas de pique-nique sur les tombes. On se comporte en invité.
- Évitez le 1er novembre et les jours qui l’entourent, très fréquentés par les familles venues fleurir les tombes.
- Un livre court et un carnet rendent la visite plus profonde qu’un simple appareil photo.
- Pensez à une petite bouteille d’eau, car les points d’eau sont rares dans les allées hautes.
Paris reste une ville bruyante, mais elle offre ces poches où le bruit retombe. On y arrive par hasard, un dimanche, et l’on y reste plus longtemps que prévu. Pour le reste, durées de trajet et ouvertures, mieux vaut tout confirmer juste avant de réserver.



