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Au sommet d’une rampe qui part de la place du Palais, la ville change de registre. Le bruit des terrasses s’estompe, les pins parasols prennent le relais, et un bassin avec des canards annonce un vaste jardin en terrasses : c’est le Rocher des Doms. Devant, le Rhône s’étire, l’île de la Barthelasse déploie ses vergers, et la tour Philippe-le-Bel se découpe de l’autre côté du fleuve. Il y a des bancs en pierre, des bancs de bois, des murets où l’on peut poser un livre. Presque tout le monde regarde le panorama ; presque personne ne s’attarde.
Ce texte suit une escapade de deux jours à Avignon, hors des semaines de festival, avec une préférence marquée pour les endroits où l’ombre est épaisse et où l’on peut rester sans rien commander.
Le Rocher des Doms et ses terrasses
Le jardin occupe un promontoire calcaire à côté du palais des Papes. Ses allées descendent en pente douce, avec des recoins plantés de cyprès, de lauriers et d’oliviers. Le côté ouest, face au fleuve, est le plus fréquenté ; en revanche, la partie qui longe les remparts, plus au nord, reste calme, même à midi. J’y ai passé une matinée entière avec un recueil de nouvelles, interrompue par un seul bruit : celui d’un jardinier qui taillait une haie de buis.
Plus bas, le petit parc qui borde la rue du Roi-René et les ruelles voisines offrent de brèves pauses sur des bancs entre des murs de pierre. La place du Palais, elle, mérite un regard rapide plutôt qu’un séjour.
Villeneuve-lès-Avignon : l’abbaye Saint-André
De l’autre côté du Rhône, Villeneuve-lès-Avignon est une petite ville de cardinaux, plus tranquille et plus silencieuse. Sur la colline, les jardins de l’abbaye Saint-André sont un enchantement : des terrasses plantées de rosiers, de lavande, d’oliviers, un belvédère sur la vallée et le palais, et des allées bordées de murs en pierre sèche. On y monte à pied par des ruelles calmes, et on y reste volontiers une heure ou deux sans voir plus de cinq ou six personnes.
Le fort Saint-André, à proximité, et la chartreuse du Val-de-Bénédiction complètent la visite. La chartreuse, avec ses cours et ses cloîtres, est un bon second arrêt après les jardins, pour qui veut prolonger le silence.
Les remparts et la Barthelasse
Pour une promenade plus longue, le chemin qui longe les remparts, côté sud, est étonnamment calme en semaine. On peut aussi traverser le Rhône par la navette fluviale ou la passerelle pour rejoindre la Barthelasse, où les chemins sont plats, ombragés, parfaits pour la marche lente. Des bancs sont posés çà et là au bord de l’eau. En été, la chaleur y est forte ; mieux vaut y aller tôt le matin ou en fin d’après-midi.
Ce qu’on entend, ce qu’on lit
Dans le Sud, le silence a une texture particulière : celui des cigales en été, du vent dans les pins, d’une cloche loin sur la colline. Au Rocher des Doms, on entend d’abord ces sons-là, puis, par vagues, les voix des visiteurs qui montent prendre une photo. Elles s’éloignent aussi vite qu’elles sont venues.
Pour la lecture, un auteur de la région s’impose : Giono, dont la prose lente s’accorde avec ces collines, ou Jean-Henri Fabre pour ses observations d’insectes. À défaut, un roman policier suffit, tant que le banc est à l’ombre. Un carnet permet de noter la couleur du Rhône à différentes heures : de gris à vert, puis à un or presque rose.
Un conseil de rythme : au soleil de midi, faire une pause franche. La ville est belle mais n’a rien à offrir à quatorze heures, sinon une sieste dans un jardin.
Comment y aller
Depuis Paris, le train rapide met environ trois heures et demie jusqu’à Avignon TGV, puis une navette ou le train régional rejoint le centre en quelques minutes. Depuis Lyon, comptez environ une heure et quart. Depuis Bordeaux, il faut prévoir environ cinq à six heures avec une correspondance à Toulouse ou à Montpellier. Sur place, les remparts se traversent à pied ; un vélo aide pour la Barthelasse. Horaires et durées à vérifier avant le départ.
Deux jours, sans programme serré
Samedi
Arrivée en fin de matinée, déjeuner simple près des remparts, puis montée au Rocher des Doms. On s’y attarde jusqu’en fin d’après-midi, quand la lumière dore le fleuve. Le dîner se prend dans une rue discrète, loin de la rue de la République et de ses terrasses surpeuplées.
Dimanche
Dimanche matin, la traversée vers Villeneuve : pont ou navette, puis montée vers l’abbaye Saint-André. On visite les jardins en fin de matinée, puis on déjeune à Villeneuve, plus tranquille qu’Avignon. L’après-midi se partage entre la chartreuse et une marche lente le long du Rhône, avant de reprendre le train.
Où dormir
Pour une nuit, un petit hôtel ou une chambre d’hôtes dans le quartier des Teinturiers ou près des remparts, côté est, offre un bon compromis : les rues sont étroites, souvent peu fréquentées le soir, et le centre reste accessible à pied. Éviter la proximité immédiate de la place de l’Horloge si l’on tient au calme. Villeneuve-lès-Avignon peut aussi servir de base, plus silencieuse encore.
Le retour
Le retour se fait facilement depuis la gare centre, avec un dernier arrêt possible au Rocher des Doms si l’horaire le permet. Prévoir une marge, car les trains du dimanche soir sont souvent complets, et acheter à boire en chemin : les distributeurs de gare sont peu nombreux.
À savoir avant de partir
- Éviter juillet, en pleine période de festival : la ville est saturée et les chambres chères.
- Le vent, le mistral, peut rendre les terrasses de plein air inconfortables ; prévoir une veste.
- Les jardins de l’abbaye Saint-André ont leurs propres horaires et une entrée payante possible : à vérifier.
- L’été, apporter de l’eau, un chapeau, et marcher tôt.
- Les remparts sont percés de portes ; certaines routes sont fermées aux voitures.
- Horaires et durées à vérifier avant le départ, en particulier pour les trains.



