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À Bruxelles, on entre dans un café comme on entre dans un salon. La porte est lourde, le sol parfois en damier, le comptoir en bois sombre ; les verres brillent derrière le barman, et un journal pend à une tringle. Dès la première matinée, j’ai compris que la ville avait développé, au fil des siècles, un art de la table longue. On y vient pour s’asseoir, et la carte, à peine feuilletée, n’est qu’un prétexte. Pour un voyage de lecture, c’est un cadeau.
Y aller depuis Bordeaux
Depuis Bordeaux, le trajet demande environ six heures à six heures et demie en train, avec un changement à Paris. Je prends celui du vendredi en milieu d’après-midi pour arriver avant la nuit. Depuis Paris, la durée est d’environ une heure et demie. Depuis Lille, elle est plus courte encore. Les trains arrivent à la gare du Midi, d’où l’on gagne le centre en métro ou à pied. Sur place, les distances sont modestes, et le tram complète les déplacements.
Samedi : le Sablon et les Marolles
Le samedi matin, je commence par le quartier du Sablon, avec son église gothique, ses antiquaires et ses chocolatiers. Il est très fréquenté en fin de matinée, surtout le week-end, donc j’y arrive tôt. Quelques cafés en retrait de la place, dans des rues transversales, proposent des tables près de grandes baies vitrées. Le fond sonore y est discret, le service calme, et l’on peut y rester longtemps sans éveiller de regard.
Vers midi, je descends vers les Marolles, quartier populaire et ancien, connu pour ses brocantes. Le bruit y est celui des marchands et des passants, mais les cafés des petites rues parallèles sont lents et traditionnels. Une salle étroite, des chaises dépareillées, un poêle : on s’y sent chez soi. C’est là que j’ai passé le plus de temps de la journée, avec un livre de poche et un carnet.
L’après-midi, je remonte vers le Mont des Arts et le Parc de Bruxelles, dont les allées symétriques accueillent des lecteurs sur des chaises de fer. Le parc n’est pas un café, mais il prolonge le plaisir : on s’y assoit quand la pluie le permet, et on y retrouve le même silence qu’à l’intérieur.
Dimanche : Ixelles et Saint-Gilles
Le dimanche, je prends la direction d’Ixelles, en passant par la chaussée de Waterloo et les étangs. Le quartier est plus résidentiel, plus étudiant, plus arboré. Les cafés y sont moins touristiques, plus familiers. J’en choisis un près des étangs, avec une salle en longueur et de grandes fenêtres. Le dimanche matin, la salle est paisible : on y lit, on y prend un petit-déjeuner tardif, on y parle bas. Personne ne vous demande de libérer la table.
L’après-midi, je rejoins Saint-Gilles, quartier de maisons Art nouveau, de places arborées et de cafés d’angle. L’ambiance y est plus détendue encore. Une salle peut accueillir à la fois des familles, des écrivains et des voisins ; tous semblent s’accorder sur un niveau sonore commun. Je m’y attarde jusqu’à la lumière rasante de fin de journée, qui dore les façades.
« Bruxelles n’a pas de grand silence, mais beaucoup de petits : c’est ce qui la rend habitable. »
Cette phrase m’est venue au deuxième jour, en regardant la pluie sur la place. Elle résume bien l’impression générale : un calme fait de plusieurs petits calmes, qu’il faut trouver un à un, de rue en rue.
Où dormir
Pour la nuit, je privilégie un petit hôtel ou une chambre d’hôtes à Ixelles ou à Saint-Gilles, plutôt qu’à proximité de la Grand-Place, très animée la nuit. Les maisons de ville aux grandes fenêtres offrent souvent des chambres sur jardin, particulièrement calmes. Si l’on arrive tard, un hôtel proche de la gare du Midi convient pour une nuit, mais le quartier est moins agréable à parcourir à pied le soir. Demander un étage élevé est une bonne règle partout.
Le retour
Le dimanche en fin d’après-midi, je reprends le train vers Bordeaux, avec un changement à Paris. La durée est identique à l’aller, et je prévois une marge de correspondance suffisante, car il faut parfois changer de gare dans la capitale. Je garde le dernier chapitre du livre pour ce trajet, et je range le carnet au fond du sac seulement à l’arrivée.
À savoir avant de partir
- Prévoir un imperméable léger : la pluie est fréquente, et elle rend les cafés plus agréables encore.
- Arriver au Sablon avant onze heures environ pour éviter l’affluence.
- Les cafés traditionnels sont parfois en espèces seulement : prévoir un peu de monnaie.
- Dans la plupart des salles, on garde sa table longtemps, mais on commande de temps en temps.
- Vérifier les jours de fermeture, notamment le dimanche et le lundi.
- Les rues proches de la Grand-Place sont très bruyantes en soirée.
- Horaires et durées à vérifier avant le départ : les chiffres cités sont des approximations.
Bruxelles se prête à ce voyage lent. La ville ne cherche pas à plaire d’un coup ; elle se révèle dans les détails : un carrelage, un luminaire, un serveur qui hoche la tête. Un week-end suffit à comprendre pourquoi tant de lecteurs y ont leurs tables attitrées, et pourquoi on repart avec l’envie d’y revenir un jour de pluie.
À chaque fois, je ferme mon carnet avec le même sentiment : celui d’avoir trouvé sa place sans effort, comme dans une maison où l’on aurait ses habitudes. C’est une qualité rare, que les villes ont parfois et que les voyages perdent souvent.



