Cet article peut contenir des liens affiliés. Si vous réservez ou achetez par l'un de ces liens, Un Coin Tranquille peut percevoir une petite commission, sans surcoût pour vous. En savoir plus.
Les boîtes vertes s’ouvrent une à une le long du parapet, et le premier bruit du matin est celui d’un cadenas qui cède, puis d’un couvercle rabattu contre la pierre. Sur les quais de la Seine, entre le pont Marie et le Louvre, les bouquinistes installent leurs livres avec une lenteur que la capitale ne tolère presque nulle part ailleurs. J’ai passé là plusieurs matinées, un carnet sur le genou, à regarder des mains feuilleter des gravures jaunies. Voici comment j’organise un séjour de deux jours autour des librairies et des bouquinistes de Paris, sans courir.
Y aller depuis Bordeaux
Depuis Bordeaux, le TGV rejoint la gare Montparnasse en environ deux heures dix. C’est le trajet que je préfère pour ce genre d’escapade : on y lit, on ne s’occupe de rien, et l’on arrive au cœur de la ville avec le sentiment d’avoir déjà commencé le voyage. Depuis Montparnasse, la ligne 4 du métro traverse la Seine et dépose près de Saint-Michel, au pied des premiers quais. Les horaires et les durées sont à vérifier avant le départ, car les circulations varient selon les jours.
Trois types de lieux pour s’asseoir avec un livre
Les bouquinistes des quais
On les trouve sur les deux rives, sur plusieurs kilomètres. La rive gauche, entre le pont de la Tournelle et le quai Voltaire, est la plus calme en semaine, surtout avant le déjeuner. Les boîtes contiennent des éditions anciennes, des cartes postales, des revues, des affiches. Rien n’oblige à acheter : on ouvre, on lit trois pages, on repose. Les marchands répondent volontiers à une question sur un auteur, puis laissent le silence reprendre.
Les librairies indépendantes du Quartier latin
Autour de la rue Saint-Jacques et de la montagne Sainte-Geneviève, les petites librairies spécialisées (philosophie, histoire, poésie, sciences humaines) ont gardé leurs rayonnages jusqu’au plafond et leurs escabeaux. Certaines ont un recoin avec un fauteuil. Je choisis celles où l’on entend le parquet craquer plutôt que de la musique d’ambiance.
Les librairies de seconde main hors des sentiers
Plus loin des quais, du côté de la rue Mouffetard ou du Marais, on tombe sur des boutiques d’occasion minuscules, où le libraire lit lui-même derrière une pile. On y reste longtemps sans qu’on s’en soucie : c’est le meilleur test pour savoir si un lieu est vraiment tranquille.
Samedi : les quais et la rive gauche
J’arrive tôt, je dépose mon sac à l’hébergement ou à la consigne de la gare, et je marche jusqu’à la Seine. Le samedi matin, la fréquentation est déjà plus dense que la semaine, mais les premières heures restent lentes. Je commence par le quai de la Tournelle, puis je remonte vers le quai des Grands-Augustins. À chaque boîte, je m’accorde dix minutes. Un banc public, à l’ombre d’un platane, sert de salle de lecture improvisée pour les livres que je viens d’acheter ou d’emprunter à l’œil.
En début d’après-midi, je quitte les berges pour le Quartier latin. La montagne Sainte-Geneviève offre un répit : les ruelles montent, le bruit baisse, et l’on peut entrer dans deux ou trois librairies en enchaînant des conversations à voix basse. En fin de journée, je redescends vers l’île de la Cité pour regarder la lumière se poser sur les tours de Notre-Dame depuis le quai, sans chercher à photographier quoi que ce soit.
Dimanche : le Marais et un dernier tour
Le dimanche, beaucoup de librairies ferment ou ouvrent tard, alors je change de rythme. Je traverse le Marais à pied, par les rues les plus étroites, et je m’arrête dans un jardin ou sous les arcades de la place des Vosges pour lire ce que j’ai acheté la veille. L’endroit est fréquenté, mais le matin, avant la foule des visiteurs, les bancs sous les arbres restent une bonne option.
Vers midi, je retourne sur les quais côté rive droite, où certains bouquinistes travaillent aussi le dimanche si le temps le permet. Un dernier tour, un dernier livre de poche pour le train, et je laisse la ville derrière moi sans précipitation.
Où dormir
Pour cette sorte de séjour, je cherche un hébergement dans le Quartier latin, sur la montagne Sainte-Geneviève, ou dans le Marais côté rues secondaires. Un petit hôtel de quartier ou une chambre chez l’habitant dans un immeuble ancien font l’affaire : l’important est de pouvoir rentrer à pied depuis les quais et de dormir sur une cour plutôt que sur un boulevard. Je demande toujours si la chambre donne sur l’arrière. Les prix varient beaucoup selon la saison, mieux vaut comparer plusieurs semaines à l’avance.
Le retour
Le dimanche en fin d’après-midi, le métro de la ligne 4 me ramène à Montparnasse. Le train du retour est plein de gens qui reviennent d’un week-end, alors je réserve une place côté fenêtre et je sors le livre acheté sur les quais. À l’arrivée à Bordeaux, la soirée est déjà bien avancée, et le sac sent un peu le papier ancien.
À savoir avant de partir
- Les bouquinistes ferment en cas de pluie forte ou de grand vent : prévoir un plan de repli dans les librairies du Quartier latin.
- Les librairies indépendantes ont des horaires variables, souvent fermées le dimanche et parfois le lundi. À vérifier avant de partir.
- Les marchands des quais acceptent rarement la carte bancaire pour les petits achats : prévoir un peu d’espèces.
- Pour la fréquentation la plus douce : en semaine, avant 11 h, ou en fin d’après-midi hors saison.
- Un sac en toile solide pour les livres, et un carnet pour noter les titres que l’on n’achète pas.
- Horaires de train et durées indiqués à titre indicatif : à vérifier avant le départ.
« Il y a des livres qui attendent depuis longtemps qu’on les ouvre. » Une phrase que j’ai retenue d’un libraire, sans savoir de qui elle venait.
Le charme de Paris pour qui aime les livres tient à cette densité : on n’a jamais plus de dix minutes de marche entre deux endroits où s’arrêter sans être pressé. C’est ce qui rend le séjour possible même en deux jours.



