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Strasbourg est une ville où l’on compte les ponts avant les adresses. Les canaux de l’Ill découpent le centre en îlots, et chaque îlot a son ambiance : la cathédrale d’un côté, la Petite France de l’autre, la Krutenau plus au sud, la Neustadt allemande au nord-est. Les salons de thé suivent cette géographie, et le calme se trouve plutôt à l’écart des cartes postales.
Voici un week-end construit autour de quatre quartiers et de beaucoup de patience, avec un seul objectif : une table, une tasse, personne pour vous presser.
Comment y aller
Depuis Paris, le TGV rejoint Strasbourg en environ une heure cinquante. Depuis Bordeaux, il faut compter un trajet plus long, en général avec une correspondance, environ sept heures ou davantage selon les jours. Depuis Lyon, environ quatre heures, aussi avec changement. Depuis Bâle ou Karlsruhe, c’est plus rapide. La gare est à vingt minutes à pied du centre, ou à quelques arrêts de tram : c’est une des rares villes où l’on se débrouille sans voiture.
Samedi : la Petite France, avant et après
Le samedi matin, la Petite France est magnifique, mais très fréquentée dès dix heures. J’y viens vers huit heures et demie, quand les colombages sont encore humides et que les rues sentent le pain chaud. La première heure appartient aux livreurs et aux riverains. Je prends un café debout, puis je traverse vers la cathédrale, avant que les groupes n’arrivent.
Vers la fin de la matinée, je m’éloigne. Autour de la rue du Bain-aux-Plantes et de la place Benjamin-Zix, il reste des salons de thé de petite taille, avec trois tables, quelques livres et un poêle. Ce sont des lieux de pause pour les gens du quartier, plus que pour les visiteurs. On y sert souvent un thé accompagné d’un morceau de kouglof ou d’une tarte aux fruits de saison.
L’après-midi, direction la Krutenau. Ce quartier étudiant a ses cafés bruyants, mais aussi des adresses discrètes dans les rues perpendiculaires aux quais. Je repère une enseigne en bois, je pousse la porte, et je tombe sur un salon où l’on parle à voix basse. Quelqu’un écrit une lettre, quelqu’un corrige un devoir.
Petits repères pour choisir sa table
- Une table près d’un radiateur ou d’un poêle, qui réchauffe les mains en hiver.
- Une chaise dos au mur, pour voir la salle sans être dérangé.
- Des étagères avec de vrais livres, signe d’un lieu qui accepte la lenteur.
Dimanche : Neustadt et parc de l’Orangerie
Le dimanche, je passe de l’autre côté de l’Ill, vers la Neustadt, construite à la fin du dix-neuvième siècle sous l’administration allemande. Les immeubles sont massifs, les rues larges, les façades en grès rose. C’est un quartier presque silencieux le dimanche matin, et on y trouve des salons de thé logés dans des appartements haussmanniens, avec des plafonds hauts et des fenêtres immenses.
Je longe l’avenue de la Paix, puis je gagne le parc de l’Orangerie, où j’aime marcher à l’heure où les familles rentrent déjeuner. Un salon de thé proche du parc offre une salle lumineuse et une pâtisserie alsacienne simple. Le silence, ici, n’a pas besoin d’être imposé : il tient à l’architecture, aux grandes pièces et aux tapis épais.
Note de carnet : la pierre, le grès et le bois gardent le son. On parle bas sans s’en rendre compte.
Hiver et marchés de Noël
En décembre, Strasbourg change d’échelle avec ses marchés de Noël, et les salons de thé du centre se remplissent. Si l’envie d’un après-midi paisible domine, mieux vaut viser le mois de janvier ou le début du printemps, ou alors rester à la Neustadt, moins touchée.
Où dormir
Un petit hôtel ou une chambre d’hôtes dans la Krutenau ou à la Neustadt convient bien. Ces quartiers sont résidentiels, les rues se vident vite le soir, et le centre reste accessible à pied ou en tram. Le centre historique est charmant mais parfois bruyant le vendredi et le samedi soir, surtout autour de la place Saint-Étienne et des rues à bars. Une chambre sur cour, ou à un étage élevé, fait la différence.
Le retour
Le dimanche soir, je descends vers la gare en longeant l’eau. J’aime passer une dernière demi-heure dans un salon proche, avec un thé et un livre, avant de monter dans le train. Les trains du dimanche sont souvent bondés : je réserve une place à l’avance, en voiture calme si possible. Le retour est long, mais la ligne longe la plaine d’Alsace, et il y a de quoi regarder.
À savoir avant de partir
- Beaucoup de salons de thé strasbourgeois ferment le lundi, certains le dimanche : vérifiez avant de vous y rendre.
- Les salons de la Petite France sont fréquentés en journée par les visiteurs, surtout l’été et en décembre.
- Le tram dessert bien tous les quartiers, mais la marche reste le meilleur moyen de découvrir les adresses discrètes.
- Une écharpe et des gants servent en hiver : l’Alsace est froide, et certaines salles sont fraîches.
- La région a une tradition de pâtisserie, kouglof et tartes aux fruits : renseignez-vous sur les allergies avant de commander.
- Horaires et durées de trajet sont à vérifier avant le départ, notamment les travaux sur les lignes.
Strasbourg ne livre pas ses tables calmes d’emblée. Il faut s’éloigner de la cathédrale, traverser un pont de plus, tourner le dos au circuit habituel. Une fois la porte poussée, le reste suit : la tasse, le poêle, le silence de la pierre.



