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La première chose que j’ai remarquée, ce jour-là, c’est le bruit de la cuillère contre la porcelaine. Dehors, le boulevard Saint-Michel faisait son vacarme habituel. Deux portes plus loin, derrière un rideau de velours un peu fané, il ne restait qu’un tintement et le froissement d’une page. Paris a ses cafés de terrasse, bruyants et magnifiques, mais elle cache aussi, dans le Quartier latin, une poignée de salons de thé où l’après-midi se prolonge sans que personne ne vienne vous demander de libérer la table.
Ce guide suit un week-end de deux jours, à la recherche de ces tables-là : celles où l’on peut lire, écrire, ne rien faire, avec un thé qui refroidit doucement.
Comment y aller
Depuis Bordeaux, le TGV rejoint la gare Montparnasse en environ deux heures et quart, ce qui laisse le temps de lire cinquante pages. Depuis Lyon, comptez environ deux heures jusqu’à la gare de Lyon. Depuis Lille ou Bruxelles, le trajet est un peu plus court. Sur place, le métro et le RER desservent très bien le Quartier latin, mais le plus agréable reste de poser la valise puis de marcher.
Samedi : la Montagne Sainte-Geneviève
Le samedi matin, le quartier est encore à moitié endormi, surtout en dehors des artères commerçantes. J’ai commencé par le Jardin des Plantes, pour la lumière et pour l’odeur de terre mouillée, puis j’ai remonté vers la Mosquée de Paris. Son salon de thé, avec sa cour à fontaine, ses carreaux de faïence et ses tables de marbre, est un lieu connu. Il est parfois plein, surtout aux heures de déjeuner et le week-end. L’astuce consiste à y venir tôt, ou à choisir une table dans la salle intérieure plutôt que dans la cour. On y boit un thé à la menthe dans un verre ciselé, et la pâtisserie orientale accompagne bien l’heure creuse.
L’après-midi, je me dirige vers la rue Mouffetard et ses petites rues adjacentes. Les salons de thé de ce coin sont des lieux modestes : trois ou quatre tables, une étagère de romans d’occasion, une théière qu’on laisse sur la table. Ce que je cherche dans ce genre d’adresse, ce sont trois choses simples. D’abord, un volume sonore qui permet de chuchoter sans effort. Ensuite, des chaises dans lesquelles on peut rester une heure sans penser à son dos. Enfin, un personnel qui ne fait pas de la rotation des tables une religion.
Note de carnet : le plus grand luxe, ici, c’est de s’attarder. Une porte qui sent la bergamote, et plus rien ne presse.
Ce que l’on peut observer
- Les étudiants de la Sorbonne qui corrigent des copies, un surligneur entre les doigts.
- Les habitués qui ont leur table, leur théière, leur silence.
- Le serveur qui arrive avec le plateau, pose sans bruit, repart sans un mot.
Dimanche : un autre rythme
Le dimanche à Paris est une journée à part. Beaucoup de commerces ferment, les rues se vident, et certaines tables de salons de thé restent libres plus longtemps que le samedi. C’est le moment que je préfère pour marcher jusqu’à la rue de Médicis et le jardin du Luxembourg. On y trouve des chaises vertes qu’on déplace où l’on veut, et, à quelques rues de là, des salons où l’on sert un chocolat chaud épais ou un thé noir fumé, avec une part de gâteau maison.
Je m’accorde ensuite une marche lente vers le Panthéon, puis vers la rue Saint-Jacques, où quelques adresses discrètes accueillent les lecteurs. Le but n’est pas de cocher des lieux. Je choisis un salon, je m’y arrête, et je laisse venir la fin de l’après-midi. Quand la lumière baisse sur les toits de zinc, c’est presque toujours le meilleur moment : les conversations s’espacent, quelqu’un tourne une page, et la pièce devient une sorte de bibliothèque tiède.
Comment reconnaître un salon vraiment calme
Trois indices me suffisent à l’entrée. Pas de musique, ou une musique si basse qu’on la devine à peine. Des tables assez espacées pour que les conversations voisines restent des murmures. Et, point décisif, des clients qui lisent, au lieu de filmer leur assiette. Si les trois conditions sont réunies, je m’assois sans hésiter.
Où dormir
Pour ce type de week-end, un petit hôtel de quartier dans le 5e ou le 6e arrondissement fait parfaitement l’affaire. Les rues autour du Panthéon et de la Sorbonne restent animées le jour mais retrouvent un vrai calme dès la nuit tombée. Les chambres sur cour sont généralement plus silencieuses que celles donnant sur rue. Une autre option : un appartement de courte durée dans une rue étroite derrière la Mouffetard, à condition de lire les avis sur le bruit. Mieux vaut éviter les abords immédiats du boulevard Saint-Germain si l’on tient au sommeil.
Le retour
Le dimanche soir, je rentre sans précipitation. Un dernier thé dans un salon proche de la gare, un livre ouvert sur la table, puis le train. Les trains du dimanche en fin de journée sont souvent chargés, donc je réserve une place en voiture calme, où les téléphones restent discrets. Le trajet du retour sert à relire les notes prises pendant le week-end, et à décider quelle adresse mérite une seconde visite.
À savoir avant de partir
- Les horaires d’ouverture des salons de thé changent selon les saisons et les jours : vérifiez-les avant de vous déplacer, surtout le dimanche et le lundi.
- Évitez les heures de pointe du goûter, en général entre 15 h et 17 h le week-end, si vous cherchez le silence. Le milieu de matinée et la fin d’après-midi sont plus doux.
- Emportez un livre de poche et un carnet : un salon calme invite à lire plus qu’à regarder son téléphone.
- Certains salons n’acceptent pas les ordinateurs portables le week-end, ce qui fait leur charme pour ceux qui cherchent l’inverse d’un espace de travail.
- Un thé en théière se partage souvent à deux : demandez si une seconde tasse est possible quand vous venez accompagné.
- Les adresses évoluent, les gérants changent : confirmez sur place ou par téléphone que l’ambiance correspond encore à ce que vous cherchez.
Comme toujours, horaires et durées sont à vérifier avant le départ. Le trajet depuis Bordeaux ou Lyon, environ deux heures, reste très raisonnable pour deux jours, et le Quartier latin récompense celles et ceux qui acceptent de ralentir.
Ce que je retiens de ce week-end tient en peu de choses : une cuillère contre la porcelaine, un rideau de velours, une chaise que personne ne vous reprend. Paris peut être une ville de vitesse. Dans ces salons, elle devient une ville où l’on reste.



